TOULOUSE
Autour de « La Toulousaine »,
par Lucien Remplon
C’est l’histoire d’une chanson…
Banale ?… Certes pas ! même si la mode l’a trop aisément reléguée dans les oubliettes ; même si les goûts actuels d’une population devenue cosmopolite ne la poussent pas à célébrer par un hymne, dans une langue qui n’est plus la leur, une cité qui n’est, pour eux, qu’un lieu de résidence.
Et pourtant ! La Toulousaino a été, pendant près d’un siècle, une sorte de Marseillaise pour les Toulousains qui l’entonnaient en toutes occasions.
Lors de l’été 1898, un groupe de méridionaux, exilés dans la Capitale et qui « avaient conquis Paris » (traduisez qu’ils y avaient acquis des situations de premier plan) revinrent sur leurs terres ; et, dans la salle du Théâtre du Capitole, une grande manifestation, toute de joie et de ferveur, permit à quatre artistes, tous Grands Prix de Rome et tous Toulousains, au moins d’adoption, Paul Vidal, Henri Büsser, Gaston Salvayre et Xavier Leroux de décerner à un cinquième, Louis Deffès, une distinction dont on ne trouve mention dans aucune encyclopédie car elle fut unique : le Grillon d’Or.
Louis Deffès était, tout simplement, l’auteur de la musique de La Toulousaino que tous les spectateurs présents entonnèrent « dans un ouragan de voix retentissantes qui menaça de lézarder l’édifice » ainsi que l’écrivit le chroniqueur de La Dépêche.
Léon Bourgeois, ministre de l’Intérieur et… des Beaux-Arts, ému par tant de ferveur, s’écria alors : « Il n’est pas, au monde, une ville qui ait un chant pareil à celui que nous venons d’applaudir ! »
À une époque où les emballements n’avaient pas le caractère éphémère d’une passade, on peut prétendre que notre hymne local avait encore l’éclat d’une ardente jeunesse.
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Extrait de l’ouvrage : Balade en Midi-Pyrénées, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, mai 2011